Rentrée des classes en 1947

Chronique d’une première journée d’école
en 1947, quelque part, dans le Sundgau.

Sa première journée d’école, Lisela s’en rappelle encore. Surtout les rires moqueurs des autres filles à la vue de son joli tablier brodé, de son cartable en cuir et de ses souliers. Elle est rentrée en pleurs, refusant de remettre son beau tablier et suppliant sa maman de lui confectionner un sac en tissu pour mettre ses affaires d’école.

Être comme les autres, voilà ce qu’elle voulait, Lisela.

 

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Rentrée scolaire en 1947 dans le Sundgau

Il est 7h, les cloches sonnent pour la messe du matin. Ne pas y aller ? Impensable. La présence à la petite messe du matin est aussi indispensable que d’aller à l’école. Vite, on retourne à la maison pour manger quelques tartines accompagnées d’un grand bol de lait. Le plus souvent, les tartines se transformaient en morceaux de pain plongés dans le lait pour les ramollir. Et en route pour l’école.

Elle a 10 ans, en cette année 1947, et c’est la première fois qu’elle prend le chemin de l’école. Elle a un cartable en cuir (le luxe, mais c’est un cadeau fabriqué par son parrain, sellier). Et dans son cartable, l’ardoise, le crayon d’ardoise, et des crayons de couleur. Son tablier, de couleur bordeaux, a été confectionné par sa maman. Sur la poche gauche du haut, sur son cœur, elle a brodé une fleur. Ses cheveux sont propres et coiffés en nattes. Les souliers sont ceux de sa grande sœur, ils lui sont un peu trop grands, mais peu importe, ce sont des souliers et pas des galoches, encore moins des sabots !

Jour de la rentrée : le 1er octobre

Elle est fière, Lisela, ce 1er octobre.
Finis les travaux aux champs où il fallait aider les parents à lier les bottes de blé après le fauchage, ramasser les quetsches et les pommes en faisant attention aux guêpes qui bourdonnaient autour. Maintenant, elle est grande, maintenant, elle va apprendre le français. Elle connaît quelques mots, ces mots sonnent agréablement dans sa tête. « C’est chic de parler français ».

La salle de classe

Un grand poêle trône au milieu, entouré d’une grille en fer pour éviter aux enfants de se brûler. Les enfants ? Que des filles bien sûr, les garçons et les filles ne sont pas mélangés. Les filles avec les Sœurs enseignantes et les garçons avec l’instituteur. La Sœur est derrière son pupitre, surélevé par une estrade, un grand tableau noir est accroché au mur.

Soeur Marie-Ursule

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Elle n’est pas très grande, plutôt boulotte, tout de noir vêtu, la large coiffe empesée qui cache les cheveux. Elle est impressionnante et les fillettes sont muettes, figées par une peur viscérale. La Sœur (appelons-la Marie-Ursule) leur indique la place qu’elles devront garder toute l’année. Gérer deux années d’enseignement dans une même classe était monnaie courante et rien ne rebutait Sœur Marie-Ursule. Mais cette année allait être particulièrement difficile puisqu’elle avait encore des filles de 13, 14 ans qui était à l’école allemande et à qui elle devait enseigner la langue française.
Les tables sont en bois, l’écritoire est penché et s’ouvre pour ranger les maigres fournitures scolaires. Les bancs font partie tenante de la table, place pour deux, et le battant se soulève comme les strapontins. A droite, en haut, le trou pour poser le verre contenant l’encre (dilué à l’eau) que distribuera Sœur Ursule.

« Tout le monde debout », ordonne-t-elle. Bruit des « strapontins » qui se relèvent. Les fillettes se tiennent droites. C’est la prière : un « Notre Père » et un « Je vous salue, Marie » et on se rassoit.

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Cette première année se composera surtout de longs exercices d’écriture sur l’ardoise. Vous vous rappelez ? D’un côté l’ardoise était quadrillée et de l’autre, les 3 lignes étaient gravées, ces lignes nécessaires pour apprendre la hauteur des lettres. Sœur Marie-Ursule était intraitable. Une erreur et voici tout le côté de l’ardoise effacé !
Le calcul se faisait sur le côté quadrillé. Essentiellement des additions et des soustractions. Les multiplications, c’était pour plus tard. Et gare à celles qui n’apprenaient les tables sur le bout des doigts. C’était le cas de le dire « sur le bout des doigts », car Sœur Marie-Ursule n’hésitait pas à prendre sa baguette et à taper sur les doigts. Bien sûr, les fillettes n’en parlaient pas à la maison, elles craignaient de subir une nouvelle punition !

Des devoirs ?

Non, pas de devoirs, elles avaient assez à faire en rentrant à la maison. Il fallait aider la mère dans les travaux de cuisine, de ménage, surveiller les petits et, quand il restait un peu de temps libre, enfin, jouer avec les enfants du voisinage.

Les horaires

Tous les jours de 8h à 11h et de 13 h à 16h. Le jeudi était libre ainsi que le samedi après-midi. Et deux fois par semaine, catéchisme de 11h à 12h.

Les vacances

Deux, trois jours pour Noël et les mois d’août et septembre. Ces mois d’été étaient destinés à aider les parents dans les travaux des champs, lors des moissons.

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Sa première journée d’école, Lisela s’en rappelle encore. Surtout les rires moqueurs des autres filles à la vue de son joli tablier brodé, de son cartable en cuir et de ses souliers. Elle est rentrée en pleurs, refusant de remettre son beau tablier et suppliant sa maman de lui confectionner un sac en tissu pour mettre ses affaires d’école. Être comme les autres, voilà ce qu’elle voulait, Lisela.

Et plus de 60 ans après, c’est avec des larmes aux yeux qu’elle se souvient de sa première journée de classe. Le souvenir de sa douce et si aimée maman y était pour quelque chose, je crois.

Souvenirs d’école de Lisela, 72 ans, sundgauvienne.

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