La chasse aux sorcières

sorcieres-05Tout le Moyen-Âge a cru aux sorcières qui étaient traitées avec une certaine mansuétude jusqu’au 15e siècle. Puis les exécutions capitales commencèrent, surtout après la bulle d’Innocent VIII (1484) qui introduisit les procès de sorcellerie dans le Saint-Empire où déjà la chasse aux sorcières battait son plein.

La folie de la croyance en la sorcellerie et la chasse aux sorcières ont conduit des milliers de femmes en prison où elles ont été torturées, avant d’être brûlées sur le bûcher.

L’histoire nous a transmis le récit de nombreuses exécutions de sorcières qui eurent lieu dans beaucoup de villes et villages d’Alsace et en particulier dans le Sundgau, terre de domination autrichienne et de superstition par excellence.
Les sorcières mulhousiennes et le Sundgau

1448 : c’est le premier procès mulhousien d’une série de 12, dont la moitié des accusées ne sont pas natives de la ville-république. Mort s’en suivit.

1454 : au cours de l’instruction d’un nouveau procès, nous apprenons que les femmes Kelling de Pfastatt et Antoinette Kürsen de Bettendorf sont citées comme étant sorcières et que, entre autres, « une grêle fut cuisinée dans la grande de Nicolas Schmid à Spechbach-le-haut par Elsa Reinbold et Antoinette Kürsen pendant la moisson de 1445, et une autre par Adélaïde Traubach, près de Bouxwiller et Hégenheim ».

1481 : lors de l’instruction du cas d’Annette Fleck, il est question du pâtre de Richwiller et de sa femme, qui ont promis au diable de lui sacrifier chaque année un enfant !

1492 : la femme de Jean Wirtemberg (décapitée pour diffamation en ayant accusé certaines bourgeoises de sorcières) est arrêtée comme … sorcière. Elle révèle être très liée avec une certaine femme de Henflingen qui pratiquait la sorcellerie et qui d’ailleurs eut une fin tragique en tombant d’un cerisier. Cette sorcière, désirant l’initier aux mystères de la magie et la mettre en relation avec le diable, l’entraîna un soir au carrefour de plusieurs routes. Arrivée à cet endroit, elle cita « Belzébuth », qui ne tarda pas à apparaître sous la forme d’une jolie jeune fille… aux pieds de chèvre. Une autre visite eut lieu dans son propre domicile où cette fois-ci, il apparut sous la forme d’un homme ou d’une bête, souvent un chat. La malheureuse avait abjurer sa foi et le bûcher sera sa triste fin.

De 1580 à 1650, c’est la grande et dernière vague de chasse aux sorcières. Selon Auguste Stoeber, Sundgau et Brisgau, possessions des Habsbourg, jugèrent et brûlèrent 800 sorcières pour la seule période trouble s’étalant de 1615 à 1635 et plus de 5000 dans le diocèse de Strasbourg.

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La chasse aux sorcières dans le Sundgau

1551 : la première sorcière est brûlée à Ensisheim.

1572 : à Thann, on commence à pourchasser les sorcières, dont les quatre premières sont brûlées, non sans avoir été tenaillées trois fois avec des pinces ardentes.

1572 – 1620 : 152 personnes (dont 8 hommes) sont envoyées au bûcher de Thann. Le chroniqueur ajoute que certaines victimes sont mortes en regrettant leurs fautes et que d’autres n’ont montré aucun repentir, mais que « toutes ont reconnu publiquement qu’elles avaient fait beaucoup de mal aux hommes, aux bêtes, aux céréales, aux vignes … par l’intermédiaire de la pluie, du froid, de la foudre … ».

1572 : on ne brûle pas moins de 48 sorcières à Colmar et dans les environs, dont une à Ensisheim, capitale du Sundgau autrichien, où se trouve un tribunal spécial pour l’instruction des procès. D’autres ont été chassées des terres des Habsbourg.

1572 – 1622 : d’après l’historien d’Ensisheim, de Merklen, on y brûla durant cette période pas moins de 80 femmes (dont trois épouses de hauts fonctionnaires) et huit hommes, reconnus coupables de sorcellerie.

1588 : en avril, trois sorcières de Wolfersdorf sont brûlées à Thann.

1589 : 5 sorcières sont brûlées à Altkirch et à Hagenbach. En effet, trois femmes de Fulleren furent arrêtées, enfermées dans la Tour des Sorcières et accusées de sorcellerie. Deux d’entre elles, Marguerite Tscheibler et Adélaïde Oertscher, furent brûlées tandis que la troisième, Annele Balthasar, l’héroïne d’une pièce de Nathan Katz, était acquittée.

1594 : en décembre, on a brûlé sept sorcières à Ensisheim.

1614 : Annele Balthasar fut une seconde fois inculpée de sorcellerie. Malgré les réponses affirmatives à 21 questions, elle fut encore, et sans que l’on puisse expliquer pourquoi, acquittée. La sorcière Anne Christen de Hagenbach est, quant à elle, brûlée.

1616 : Hans Nitschen d’Ensisheim connaît le même sort.

1621 : en avril, on amena à Rixheim beaucoup de sorcières et quelques hommes que l’on mena ensuite à Landser pour les y exécuter sur le bûcher ou par le glaive.

1629 : en juin, on brûla deux sorcières à Pfastatt.
En juillet, 7 sorcières (parmi lesquelles la mère du prévôt Jean Hug) furent brûlées à Brunstatt (6 d’entre elles furent étranglées sur des échelles et la mère du prévôt fut décapitée, après quoi on les brûla toutes).

1630 : en janvier, quatre sorcières furent brûlées vives à Dornach, parmi lesquelles deux furent préalablement tenaillées au fer rouge.
En décembre, on fit périr sur le bûcher à Dornach, Antoine Meyer et une femme accusée de sorcellerie.
Deux jours auparavant, Rodolphe Baur, possédant une fortune certaine et soupçonné d’être un sorcier, y était mort en prison. Il avait été effroyablement torturé et cependant n’avait rien avoué. Bien qu’il n’ait pas été interrogé, ses examinateurs prétendirent néanmoins qu’il s’était rendu coupable. On l’enterra sous le gibet.

Au-delà de 1660, c’est le recul décisif mais lent : les bûchers s’éteignirent. En Alsace, l’influence française et le bouleversement judiciaire dû au Traité de Westphalie devait amener rapidement la disparition des procès de sorcellerie.

Pour le Conseil Souverain d’Alsace, nouvel organe judiciaire, le crime de sorcellerie cède la place à un délit mineur d’escroquerie, souvent doublé d’un sentiment qu’il s’agit de l’expression de troubles mentaux. Les sorcières ne sont plus brûlées mais enfermées comme aliénées.

La croyance au diable et aux sorcières a-t-elle pour autant disparue ? Quelques exemples frappants semblent prouver le contraire, telle l’histoire des enfants possédés d’Illfurth.. C’était en 1869…

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