Les industries alsaciennes en 1735

A la fin du 17e siècle, l’Alsace est dépeuplée par la guerre de Trente Ans et commence à peine à se relever de ses ruines. Pourtant, une génération plus tard, vers 1735, l’industrie avait déjà fait des progrès considérables. Il est intéressant de connaître l’état du commerce et des manufactures de notre province, au moment où l’introduction de l’industrie cotonnière allait y opérer une si grande révolution.
Rappelons aussi la définition d’une manufacture. Du latin manufactura « fait à la main », une manufacture est un bâtiment industriel dans lequel des produits sont fabriqués à la main par des ouvriers.

Manufacture de fer blanc
Le sieur Anthès qui exploitait plusieurs forges, entre autres celle d’Oberbruck près de Masevaux, y avait également établi une manufacture de fer blanc qu’il y faisait battre. Cette usine, construite dans le lieu nommé Weigscheidt, connut un grand succès et l’on prétendait que les fers battus étaient de bien meilleure qualité que ceux venant des pays étrangers. On y fabriquait annuellement 1000 barils de fer blanc, chaque baril contenant 300 feuilles. Une très petite partie était destinée à l’Alsace, le reste partait en Franche-Comté, en Suisse et en Provence.
Les matières premières venaient de la forge d’Oberbruck pour les fers, l’étain était importé et le charbon de terre se trouvait dans les environs de cette manufacture.
L’usine employait 16 ouvriers ainsi que de nombreux bûcherons et charbonniers.

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Manufacture d’armes blanches
Le même sieur Anthès reçut en 1729 une lettre-patente pour l’établissement d’une manufacture d’armes blanches au nom du Roy, sous le nom de Manufacture royale d’Alsace. A quelques kilomètres d’Obernheim (67), située au milieu des bois, à portée des forges de Rothau (exploitées par le sieur Anthès), et sur un grand ruisseau servant à faire tourner les roues, cette manufacture fabriquait des lames d’épées, sabres, couteaux de chasse et baïonnettes. Fin 1731, elle employait 25 ouvriers spécialisés, tels que forgerons, aiguiseurs, trempeurs, ciseleurs, doreurs, etc. ainsi qu’un grand nombre d’autres personnes employées à leur service.
Louis XV y a fait fabriquer de nombreuses armes pour ses gardes, gendarmes et autres troupes de sa maison et plusieurs régiments de cavalerie y ont pris celles dont ils avaient besoin pour leurs cavaliers.

Manufacture de fil de fer
A Morvillars, près de Belfort, (en Haute-Alsace à cette époque), la manufacture de fil de fer appartenant à M. Grandvillars était la seule dans la province. On y fabriquait annuellement 40 milliers de fil de fer et employait 15 ouvriers.

Les verreries
Plusieurs verreries existaient en différents endroits de la province. Les verriers étaient obligés de faire des coupes de bois que lors de saisons définies, d’utiliser le bois marqué par les forestiers, d’éviter avec un soin extrême de mettre le feu dans les forêts, de ne réduire en cendres, autant qu’il se peut, que les bois qui ne peuvent servir à d’autres usages, de travailler à leurs cendres qu’au printemps et à l’automne et non en été ou en période sèche et de donner caution pour les dommages qu’eux ou leurs ouvriers pouvaient causer par leur faute ou négligence.
Toutes les verreries qui se trouvent en Alsace, au nombre de dix environ, fabriquaient des bouteilles, des verres à boire et du verre à vitres.
Ce verre fabriqué à base de cendres n’était pas exporté et était destiné à la consommation locale.

Faïenceries
Deux faïenceries existaient à cette époque, l’une à Haguenau, où l’on ne faisait que de la faïence double et commune, de bonne qualité et à Strasbourg qui produisait une faïence fine.
60 ouvriers étaient employés dans ces deux manufactures.

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Les papeteries
Il y avait en Alsace plusieurs papeteries qui fabriquaient annuellement 10 000 rames de papiers de toutes espèces. Ce papier ne servait que pours les usages grossiers et communs. Celui qui s’employait aux écritures et qui était plus fin venait de Lyon, d’Auvergne, de Bâle et de Fribourg.

Imprimeries
Seuls quelques imprimeurs existaient en Alsace, (Colmar, Sélestat, Molsheim, Strasbourg). Par exemple, à Strasbourg, après la capitulation de la ville en 1681, celle-ci a pu conserver plusieurs privilèges, droits et usages. Entre autres, les imprimeurs n’étaient pas astreints à suivre les règlements qui sévissaient en France, concernant la librairie et l’imprimerie. Les imprimeurs n’étaient tenus qu’à un apprentissage de 5 ans et être nommés ensuite « compagnons ». Avec cette dernière qualité et celle de bourgeois de Strasbourg, ils pouvaient exercer l’imprimerie et s’établir à Strasbourg.

Poudres et salpêtres
Il y avait, près de Colmar, une manufacture de poudre à giboyer et pour l’artillerie qui fournissait les arsenaux et magasins du Roy. C’est la compagnie générale des poudres et salpêtres dans le royaume qui l’exploitait et qui entretenait un directeur, des officiers et les ouvriers nécessaires. La poudre fabriquée était de bonne qualité, mais inférieure à celle de Strasbourg.
De nombreux ouvriers y étaient employés, surtout à la recherche du salpêtre et à sa préparation. Tous ces ouvriers étaient habilités par le grand-maître de l’artillerie de France et pouvaient fouiller dans toutes les maisons, granges, caves, celliers et écuries, sauf… les cloîtres, maisons des religieux et religieuses et les châteaux de résidence de la noblesse. Ils étaient seulement tenus de réparer les dommages qu’ils causaient et de remettre les lieux au même état qu’ils étaient avant leurs fouilles.

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Manufactures diverses
On trouvait aussi en Alsace des savonneries où l’on fabriquait du savon d’assez bonne qualité mais en quantité insuffisante pour la consommation de la province, ainsi que des manufactures de fil à coudre et de cordages.

Source : La revue d’Alsace – année 1867 (Extraits du mémoire de M. de la Grange, intendant d’Alsace, 1735).

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