Curiosités de l’Histoire

En fouillant dans des vieux livres ou des documents comme les chroniques, procédures, correspondances, chartes, etc., on peut saisir l’histoire sur le vif, découvrir des détails intimes souvent curieux et piquants, comme une formule singulière insérée dans un contrat ou un détail de mœurs quelconque.

Et ce côté anecdotique de l’histoire est souvent très instructif et même captivant.

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Destruction d’un château par le Diable

“ Inn Barr anno 1295 hatt der Teüffel Herrn Wephmann des Ritters Schloss zerstört.”
À Barr, en 1295, le Diable a détruit le château du seigneur Wephmann, chevalier.
(Annales de Lück, tome 1, p. 65)

Le même fait se trouve mentionné dans les Annales des Dominicains, il est même accompagné d’une phrase tronquée dont le sens assez bizarre serait qu’après avoir détruit le château, le Diable serait entré dans l’église et aurait causé avec Dieu en fort bon latin : « et Deo latinum nobile loquebatur. »

Bon, si même le Diable s’entretient avec Dieu en latin… on reste muet !

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Décret du magistrat de Munster, du 4 mars 1570, concernant les veuves et filles à marier.

L’an 1570 le 4 mars, les honorables, prudents et sages messieurs le bourgmestre et le magistrat de Munster ont décrété à l’unanimité qu’à l’avenir aucun Velche ne pourra épouser une veuve ou fille de bourgeois de cette ville sans la permission formellement exprimée et décrétée par le magistrat tout entier.
Celui ou celle qui contreviendrait à cette défense sera expulsé pour toujours, ainsi que son conjoint, hors de la ville et de la vallée, sans merci. (Communiqué par M. Binder, secrétaire de la mairie de Munster).

Ce décret ne donne pas les motifs de cette défense. Faut-il l’attribuer uniquement à un mesquin et étroit esprit d’exclusion ? Ou bien faut-il supposer que les Welches (les Français) exerçaient une telle fascination sur les veuves et filles à marier de la ville et de la vallée, enlevant les plus jolies et les plus riches à la barbe des bons bourgeois de Munster, que le magistrat crut devoir venir en aide, par décret, à l’insuffisance des charmes personnels de ses administrés ?

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Clause bizarre dans un contrat de vente d’une maison à Mulhouse…
Faisons savoir à tous …… que le respectable et prudent Nicolas Dollfus, bourgeois de cette ville, stipulant pour lui et ses héritiers, vend et cède en toute propriété et à perpétuité à la respectable femme Anne Marie Geyelin veuve de Jean George Sonnenberger ….. une maison sise rue de la Paille etc……………….
De plus, il a été convenu entre les parties qui si dans l’intervalle d’une année à partir de ce jour il se montrait dans la maison une preuve quelconque de la présence d’une REVENANT ou d’un MONSTRE , la vente serait nulle …
En foi de quoi, j’ai, moi soussigné greffier de cette ville attaché à ces lettres le sceau de la chancellerie.
Fait à Mulhouse le 29 mai 1740.

L’adjectif « prudent » devant le nom du vendeur indique peut-être qu’il en sait quelque chose des manifestations de fantômes ou loup-garou. Dur, dur, de vendre une maison hantée …

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Arrêté de la chambre de police de la ville de Strasbourg, 14 juillet 1783

Sur la plainte du corps des musiciens de la ville, Nous, les juges de Police, ayant égard à la demande des suppliants, défendons à tous bourgeois et habitants de cette ville de prendre des leçon de musique des musiciens des régiments ou de tous autres militaires, de les employer à des danses publiques soit en ville, soit hors des portes de permettre qu’ils tiennent salle dans leurs maisons, sous peine d’amende de cent livres.
Voulons que la présente ordonnance soit imprimée et affichée où besoin sera, afin que personne n’en prétende cause d’ignorance. Signé : Bühler

Nul n’est censé ignorer la loi ! Et interdiction d’engager des musiciens, sauf ceux, officiels, de la ville de Strasbourg.

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Nous abordons maintenant les pénalités autrefois utilisées en Alsace concernant les affaires criminelles, allant du bannissement à la peine de mort. Et souvent, avant la délivrance mortelle, les supplices et tortures étaient d’un raffinement accompli !

Il fallait bien que le bourreau vive…

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Quelques pénalités autrefois usitées en Alsace (début 17e siècle)

Contre l’assassinat, suivant les circonstances du crime et rapports des victimes avec les meurtriers : le supplice du pal, la peine de mort, 300 florins d’amende ou le bannissement perpétuel.

Contre l’adultère : le bannissement ou 100 livres d’amende (adultère commis avec une nièce ; le maire de Ruesbach convaincu d’adultère, est destitué et condamné à 20 florins d’amende ; des relations avec une cousine sont considérées comme incestueuses et punies d’une amende de 100 livres bâloises).

L’infanticide était presque toujours puni de mort. Quelquefois, la coupable était cousue dans un sac et noyée (1603). Monsieur l’abbé Mercklen dans son histoire d’Ensisheim, tome II, page 104, extrait du malefitz-protocoll relate le jugement d’une pauvre domestique de Belfort qui fut condamnée pour infanticide à être enterrée vive ; mais grâce à l’intervention de la baronne de Reinach, sa peine fut commuée : on la noya dans l’Ill !

Mathieu V., convaincu d’avoir amené une fille à se défaire d’un enfant qu’il avait eu d’elle, est condamné à faire amende honorable pendant la procession du dimanche, une torche dans une main, tenant de l’autre des verges dont il devait se fouetter. Il dut en outre aller se faire absoudre à Notre-Dame-des-Ermites et servir sept ans contre les Turcs. Il arrivait assez souvent que des criminels à qui l’archiduc faisait grâce étaient condamnés au service militaire.

Contre la bigamie : le bannissement.

Contre les voleurs récidivistes : la mort

Contre les crimes de sorcellerie et de bestialité : la peine du bûcher.

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Le supplice du pal en Alsace
Le 9 juin 1572, les officiers du bailliage de Belfort donnèrent avis à la Régence d’Ensisheim d’un homicide commis sur la personne de Jean de Vaulx, vitrier de Welschstauffen, par Barbe sa femme. Celle-ci, après les informations faites, ayant été soumise à la torture, confessa son crime et fut condamnée par les 24 juges à être enterrée toute vive et empalée par les mains du bourreau. (Archives du Haut-Rhin, Fonds de la Régence d’Ensisheim)

Bigre, la justice était expéditive, en ce temps-là ! Aucune remise de peine à envisager …

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Le supplice de la Schupfe à Strasbourg
Ce supplice bizarre est mentionné dans l’ancien statut de Strasbourg publié dans l’Histoire d’Alsace de Strobel, page 331, art. 48.
« Celui qui mesurera le vin avec de fausses mesures sera puni du supplice de la schupfe et le propriétaire du vin paiera une livre. »

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Voici en quoi consistait ce supplice.
On dressait au-dessus d’un égout ou d’une fosse remplie de boue et d’immondices une espèce de potence avec une poulie. Dans cette poulie passait une corde à laquelle était attachée une cage de fer. Le bourreau plaçait le coupable dans cette cage qu’on hissait ensuite pour la laisser retomber dans la boue. Puis on la remontait de nouveau pour la laisser retomber encore et ainsi de suite, jusqu’à ce que les magistrats présents fissent cesser l’exécution.

On suppose que ces magistrats se tenaient à bonne distance de ce lieu de supplice.

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Notes de bourreaux, contenant le prix de la torture et des exécutions
(20 batzen = 1 livre)

État des sommes dues, à moi, soussigné, Jean George Volmar, bourreau à Strasbourg, pour l’exécution de trois personnes coupables de sorcellerie, à savoir Jean Lindenmeyer, Barbe femme de Letscher et Madeleine femme de Thiébault Anstett, le 10 septembre 1630.
1. Pour avoir exécuté et brûlé deux personnes et enterré les cendres, à 2 livres chacune, soit 4 livres
2. Pour l’épreuve de l’eau, 16 batzen
3. Pour la charrette, 1 livre
4. Pour avoir mis Madeleine sur le chevalet, 15 batzen
Total : 6 livres et 11 batzen
Que je reconnais avoir reçu de M. l’Amtmann
Signé : Jean George Volmar

——

État des sommes, que moi, soussigné, j’ai gagnées à l’exécution et à la torture de trois personnes coupables de sorcellerie.
1. Pour avoir exécuté et brûlé trois personnes et enterré leurs cendres, à 2 livres chacune, soit 6 livres
2. Pour l’épreuve de l’eau, 16 batzen
3. Pour avoir torturé trois personnes, à 5 batzen chacune, soit 15 batzen
4. Deux jours de gages, à 10 batzen chacun, soit 1 livre
5. A maître, Jean Holtes, pour m’avoir conduit dans sa charrette de Strasbourg à Marlenheim, 1 livre
Total : 9 livres et 11 batzen
Que je reconnais avoir reçu.
Signé Jean George Volmar, bourreau de Strasbourg

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État des sommes, que moi, soussigné, Jean Elchinger, bourreau à Westhoffen, j’ai gagnées pour l’exécution et la torture de différentes personnes, ainsi que pour mes gages.

1. Premièrement, j’ai mis à la question Brigitte Vix, femme de Heimburger l’aîné, ce qui fait pour mes gages et la torture, pendant deux jours, 1 livre et 15 batzen
2. Item, pour avoir brûlé cette personne et avoir enterré ses cendres, et pour la charrette, 3 livres
3. Item, la petite femme de Pierre Rindtenreiff, a été mise à la question 2 fois, et pour mes gages, 1 livre
4. Item, pour avoir mis à la question Jacob 2 fois de suite, et pour mes gages, 1 livre et 10 batzen
5. Item, pour mes gages d’une journée passée à attendre le jugement, 10 batzen
6. Item, pour avoir 3 fois mis à la question Catherine Diebold, et pour mes gages, 1 livre et 15 batzen
7. Item, le lendemain, une journée de gages, pour avoir attendu le jugement de sa mère, 10 batzen
8. Item, pour avoir mis à la question, pour la troisième fois avec le chevalet, et pour mes gages, et pour mes gages du troisième jour, 2 livres et 5 batzen
Total : 12 livres et 15 batzen
J’ai reçu cette somme le 10 juin 1630.
Signé : Jean Elchinger, bourreau de Westhoffen

Une chose est certaine, le travail ne manquait pas pour les bourreaux.

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Sources : archives de Strasbourg, archives du Haut-Rhin et Curiosités d’Alsace – Vol. 1 par C. Bartholdi, 1861

 

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