Le château de Ferrette

Une page s’est tournée dans l’histoire du château de Ferrette. Depuis avril, le domaine sur lequel se trouve une vaste demeure bourgeoise, une ancienne ferme mais surtout le château médiéval qui domine la ville de Ferrette depuis le 12e siècle, a été acheté par une famille de Roppentzwiller.

« Dans un des coins les plus reculés de l’Alsace, sur les confins de la Suisse, non loin des sources de l’Ill … s’élève la ville de Ferrette surmontée de son vieux château. A voir ce modeste groupe de maisons étroitement logées dans un des derniers replis du Jura, grimpant la montagne que domine des ruines, l’imagination se figure difficilement que là, sur ce rocher, fut la capitale d’un comté embrassant une bonne partie de l’Alsace. De tous les souvenirs se rattachant à l’histoire des comtes de Ferrette, il ne nous reste aujourd’hui qu’un nom et des murs croulants. »
C’est ainsi que dans l’histoire des Comtes de Ferrette, Charles Goutzwiller décrivait un des sites sundgauviens les plus chargés d’histoire.

Cité pour la première fois en 1105, le château reste étroitement lié à l’histoire des Comtes de Ferrette qui en firent dès lors leur résidence. Mais il semblerait en fait que le site castral ait connu une occupation ininterrompue depuis l’époque néolithique (ou âge de la pierre polie).

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Témoin de crimes et d’attaques successives, le château des maîtres du Sundgau devint, à leur extinction en 1324, la résidence d’un bailli autrichien installé par les Habsbourg. Dès lors, le sort du Comté de Ferrette et de ses châteaux allait dépendre de la Maison d’Autriche. Eprouvé par le tremblement de terre de 1356, le château fut fortifié après l’épisode de Charles le Téméraire (1469) qui avait marqué le début des problèmes financiers des Habsbourg suite aux nombreuses guerres avec les Confédérés Helvétiques. Les travaux entrepris en 1488, époque où les Habsbourg fortifient leurs terres, permettent d’accueillir une forte garnison sur un site (en contrebas du château) où existait déjà une tour du XIIe siècle.

Au siècle suivant, Maximilien d’Autriche cède la seigneurie de Ferrette à Marc de Reichenstein (1540) avant que Ferdinand d’Autriche ne dégage le tout en 1567. En 1575, toujours à court d’écus, les Habsbourg remettent seigneurie et château à leurs riches banquiers, les Fugger d’Augsbourg. A cette époque, la chronique rapporte que « le château de Ferrette est pourvu de deux entrées, trois cours et trois corps de bâtiment : le premier, nommé l’Oberschloss, renferme six salles et onze chambres … Le second bâtiment s’appelle la Maison du Bailli : il renferme quatre salles et sept chambres. Ce bâtiment est défendu par un bastion au dessous duquel se trouvent deux cachots. Le troisième enfin est connu sous le nom de Maison des Chevaliers. Il ne comporte qu’une salle et une chambre sous lesquelles se trouvent des greniers. Il existe dans le château dit supérieur, une chapelle dédiée à la vénérable Vierge Sainte Catherine. Le dit Château est entouré d’un mur flanqué de tours et de bastions … où se trouvent également douze petits canons, dont six d’une remarquable beauté … ».

La guerre de Trente Ans (1618 – 1648) chasse les Fugger du château. En 1633, le château est occupé par les suédois sous le commandement du comte Von Erlach. Outrés par les exactions commises par les occupants, les paysans sundgauviens, fidèles à leurs maîtres, se révoltent, prennent le château d’assaut et précipitent le commandant par une des fenêtres dans le vide. Après quoi, ils massacrèrent la soldatesque étrangère. La répression fut très dure : ne dit-on pas qu’on pouvait compter bien plus de pendus que d’arbres !
Quant à la forteresse, elle ne devait pas se relever de ses ruines. Incendié par les insurgés, le château devait être démantelé par les troupes suédoises, exception faite des bastions du bas. Et en 1639, le comté allait âtre occupé par les troupes françaises alliées à la Suède.

Le traité de Westphalie apporte le Comté de Ferrette à la France. Par ses lettres patentes du 17 janvier 1659, Louis XIV donne au cardinal de Mazarin toutes les possessions des Habsbourg en Haute Alsace. Le cardinal ayant donné son bien à sa nièce Hortense, épouse de M. de la Meillerage, charge fut à eux de prendre le titre de Duc et Duchesse de Mazarin. De cette nouvelle lignée sont issus comme héritiers les Valentinois et les Grimaldi, dont le dernier descendant, le Prince de Monaco, porte encore de nos jours, le titre honorifique de Comte de Ferrette.

Lors des événements révolutionnaires de 1789 (fin juillet), le château est saccagé par la population en révolte, insurrection fomentée par des éléments venus de la vallée de Saint-Amarin. Le dernier Bailli de Ferrette, Jean-Claude Gérard trouve refuge en Suisse. Il vendra en août 1798 un château entièrement ruiné à Bernard Biegenwald, Joseph Bauer, Jacques Niderberger et Antoine Vogelweid pour 1200 francs.

Jean Zuber, fondateur de l’usine de papier peint de Rixheim en 1797, décide d’acheter en 1838 ce vaste domaine de 190 ha sur lequel se trouve le château ainsi qu’une ferme en contrebas. La demeure bourgeoise construite en 1848 devint la résidence secondaire de la famille Zuber. Et depuis le milieu du 19e siècle jusqu’à l’été 2010, les Zuber venaient régulièrement passer les mois d’été à Ferrette.

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1958, la famille Zuber se retrouve à Ferrette (photo Journal L’Alsace)

En avril 2011, le domaine sur lequel se trouve la vaste demeure bourgeoise de 300 m2, une ancienne ferme mais également – et surtout – le château médiéval qui domine la ville de Ferrette depuis le 12e siècle, est devenu la propriété de la famille Zimmermann de Roppentzwiller.
Les orgueilleuses ruines du château sont classées monument historique.

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On distingue en fait deux châteaux :

LE CHÂTEAU SUPERIEUR, avec donjon d’habitation, bien défendu par sa situation à 613 mètres. De la destruction suédoise de 1633, subsistent les restes du mur de l’enceinte polygonale avec la tour-bastion, la demeure seigneuriale et le puits.

LE CHÂTEAU INFERIEUR, bien dans la tradition militaire du 15e siècle. Sont encore visibles une partie des courtines avec trois tours cylindriques de la tour de la chapelle castrale.

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Sources :
Sundgau week-end – auteur : Paul-Bernard Munch
Journal L’Alsace du 2 avril 2011

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