Grands hivers

À travers les siècles, le climat de la France a changé et change continuellement. Pas convaincu ? Ci-dessous, quelques grands hivers, d’après le livre « Des changements dans le climat de la France », paru en 1845.

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La rigueur de l’hiver, en 355, fit mourir de froid un grand nombre de personnes. Au mois de février 377, les Barbares passèrent le Rhin sur la glace. En 547, on traversa nos rivières sur la glace.

Le froid de 763 commença le 1er octobre et se prolongea jusqu’en février 764.

Le froid de 842 fut long et rigoureux. Il tomba beaucoup de neige la nuit du 14 avril. On traversa la Seine sur la glace vers le 6 janvier 849.

En 873, les gelées et les neiges continuèrent aussi sans interruption depuis le 1er novembre jusqu’à l’équinoxe du printemps.

La rigueur de l’hiver de 994 s’étendit du 15 novembre au 15 mai ; on eut ensuite des vents froids très dangereux, et plus tard encore, de violentes gelées jusqu’au 12 du mois de juillet.

Un hiver horrible se déclara le 13 novembre 1067 et se prolongea jusqu’au 12 mars de l’année suivante. En 1074, il y eut de grandes gelées du 1er novembre au milieu d’avril. D’abondantes neiges tombèrent dès la fin d’octobre 1076 et continuèrent avec un froid excessif jusqu’au 27 mars 1077.

De 1124 à 1125, les glaces des rivières purent supporter des voitures chargées ; beaucoup d’enfants et de femmes moururent de froid. Des alternatives de gelées, de pluies et de neige succédèrent à ce froid si rude jusqu’au milieu du mois de mars. Les arbres ne commencèrent à fleurir et la terre ne se couvrit de verdure que dans le mois de mai. En 1142, le sol resta enseveli sous une couche profonde de neige, du 6 décembre au 2 février.

L’hiver non moins rigoureux de 1150 continua pendant trois mois. Plusieurs personnes eurent les membres gelés. Il ne permit pas les travaux agricoles du printemps.

Le froid de 1204 surpassa tout ce qu’on avait vu de mémoire d’homme. En 1210, on essuya, au commencement du mois de janvier, une gelée très forte, qui continua près de deux mois ; elle empêcha les semailles d’hiver et fit périr beaucoup de semences ; les récoltes ne rendirent pas même les grains semés.

À l’extrême rigueur du froid de 1224, se joignit un vent violent qui déracina les moissons et renversa en plusieurs endroits les tours des églises. La gelée de 1226 dura, par un temps clair et sec, depuis les premiers jours du mois de novembre jusqu’au 5 ou 6 février.

Le froid excessif de 1325 gela rapidement la Seine, à deux reprises. On la traversait à Paris avec des fardeaux, et la solidité de sa surface permettait d’y faire rouler des tonneaux pleins de vin. De grandes neiges accompagnèrent les gelées : elles ne fondirent complètement qu’à Pâques.

En 1422, le vin, le verjus et le vinaigre gelèrent dans les caves. La Seine, à Paris, dont les eaux étaient hautes, se prit cependant toute entière ; moins de trois jours suffirent pour décider ces phénomènes, tant le froid s’accrut brusquement. Les gelées, d’ailleurs, se déclarèrent le 12 janvier, et l’on avait encore de la glace à la Notre-Dame de mars.

L’hiver de 1458 fut si rigoureux, qu’une armée de quarante mille hommes put camper sur le Danube. En 1468, il fallut rompre avec la hache le vin qu’on distribuait aux troupes de Flandre. L’hiver de 1476 devint progressivement de plus en plus rude ; la terre se couvrit de neige. Le froid fut si grand, la nuit de Noël, que plus de quatre cents hommes de l’armée de Charles le Téméraire, sous Nancy, moururent ou eurent les pieds gelés. Le Rhin charria de gros blocs glacés. Le froid continua encore au mois de janvier.

En 1528, la gelée fit périr, à Paris, les blés et les légumes. Il fallut, au commencement de l’année, labourer et ensemencer de nouveau les terres. Un froid excessif, et tel qu’on n’en avait jamais vu, éclata au commencement du mois de novembre 1573, et continua avec le même excès jusqu’au mois de mars.

Un froid extrême régna du 2 décembre 1676 au 13 janvier 1677 ; la terre était couverte de neige, et la Seine resta gelée 35 jours de suite.

En 1716 le froid atteignit -19,9° à Paris ; en 1729 -15,4° ; en 1742 -18,2° ; en 1747 -14,9° ; en 1754 -15° ; en 1758 -13,8° ; en 1767 -16,2°. La Seine se prit en totalité pendant la plupart de ces hivers.

Insistons davantage sur l’un des plus mémorables, celui de 1740.

Le froid de 1740 fut à la fois très intense et très opiniâtre ; il affecta principalement les régions du Nord ; sa persistance remarquable a valu à cette année le nom d’année du long hiver. À Paris le thermomètre tomba chaque jour au-dessous de zéro pendant les mois janvier, de février et les neuf premiers jours du mois de mars ; il s’éleva fort peu le reste de ce mois et durant le mois d’avril ; il ne monta réellement à sa hauteur normale que le 23 mai. Sa température s’abaissa de nouveau beaucoup au-dessous de son degré ordinaire après le mois de juin ; on eut même une gelée blanche dans la campagne le matin du 3 août ; le mois d’octobre eut deux gelées et de la glace. Ce froid précoce continua dans le mois de novembre ; enfin des pluies extraordinaires couronnèrent par des inondations désastreuses la constitution déplorable de cette année.

L’hiver de 1783 à 1784 se renferma presque exclusivement dans la zone du Nord. Ce rigoureux hiver éclata au mois de décembre 1783. Le 29, le thermomètre de l’Observatoire de Paris indiqua, vers sept heures du matin, -11,2° et à six heures du soir -13°. Le plus grand froid arriva le 30, à minuit ; il égala -18,8°. D’abondantes neiges recouvrirent le sol ; les gelées durèrent, suivant le P. Cotte, 69 jours consécutifs.

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Source :
« Des changements dans le climat de la France, Histoire de ses révolutions météorologiques », par le Docteur Fuster – année 1845

 

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