La fin du monde, c’est pour quand ?

En 1857, une terrible prédiction annonçait un grand cataclysme, la chute d’une comète entraînant… la fin du monde. Le jour était fixé au 13 juin. Par bonheur, l’humanité a échappé à cette terrible prédiction, mais cet échec n’a pas empêché la manie prophétique de s’exercer, comme elle n’a pas cessé de le faire depuis près de 2000 ans.
Voyons comment la fin du monde s’est perpétuée à travers les siècles.

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Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la croyance à la fin du monde, dans un délai plus ou moins rapproché, fut universellement répandue parmi les chrétiens, mais elle inspira une grande terreur à partir du Moyen Âge.

L’an mil était l’époque désignée pour le terme inévitable de l’existence du genre humain, par suite de la venue de l’Antéchrist.
Durant plusieurs siècles, l’Antéchrist, ce personnage mystique, joua un grand rôle dans les superstitions populaires. Pour bien faire comprendre que la fin du monde arrivera bientôt, les prédicateurs citent ces paroles énigmatiques de l’Apocalypse : « Au bout de mille ans, Satan sortira de sa prison et séduira les peuples qui sont aux quatre angles de la terre. Le livre de la vie sera ouvert : la mer rendra ses morts, chacun sera jugé selon ses œuvres par celui qui est assis sur un grand trône resplendissant, et il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle. »

L’an mil

On émit une prédiction : « Aussitôt que mille ans seront révolus, à compter de la naissance de Jésus-Christ, l’Antéchrist paraîtra et le jugement dernier aura lieu ». On attendit donc avec anxiété, peur et angoisse, le premier jour de cette fatale année… qui s’écoula sans amener la catastrophe tant redoutée. Mais cela ne fit pas cesser les appréhensions, elles continuèrent de plus belle.
On peut citer qu’un moine avait fixé la destruction du monde au 25 mars. L’effroi fut si grand que le peuple resta jusqu’à minuit dans les églises, afin d’y attendre le signal du jugement dernier et de mourir au pied de la croix. Au grand étonnement des fidèles, ce jour se passa sans amener la perturbation attendue.

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Mais cette croyance en une destruction imminente bouleversa les habitudes journalières de la vie, aussi bien parmi les classes élevées que parmi les classes plus pauvres. Les seigneurs, les possesseurs de fiefs, firent don de leurs biens aux monastères. Beaucoup de chartes de donations commencèrent par ces mots : « Termino mundi appropinquante » c’est-à-dire « La fin du monde approchant et sa ruine étant imminente… « .
Quant aux serfs, seuls cultivateurs de la terre, ils abandonnèrent les champs pour se livrer à la prière. C’est peut-être une des causes de l’affreuse famine qui désola l’univers chrétien pendant cinq ans ! Un chroniqueur de cette époque évoque des détails pleins d’horreur sur la misère du peuple, réduit à dévorer de la chair humaine « On fut réduit, sur plusieurs points de la terre, à se nourrir non seulement d’animaux immondes et de reptiles, mais de la chair même d’hommes, car on n’écoutait que les horribles conseils de la faim. »
Si l’an mil ne fut pas la fin du monde, les temps étaient quand même très durs. Sur 73 ans, de l’an 987 à 1060, il y eut 48 ans de famine et d’épidémies.
Les prophètes s’étaient-ils trompés ? Mille ans de christianisme ne conduisaient-ils pas plutôt à l’an 1033 ? On attendit… On espéra. Mais cette année-là, le 29 juin 1033, il y eut une grande éclipse de soleil. Et la peur, la panique, l’effroi ressurgirent.

C’est aussi à cette frayeur de la fin du monde que l’on doit, peut-être, la construction de ces magnifiques cathédrales qui ont traversé les âges et fait l’admiration des siècles. Les fidèles ne se contentèrent pas de reconstruire presque toutes les églises, ils embellirent aussi presque tous les monastères et même les petites chapelles des villages. Cet élan général fut sans doute un acte de reconnaissance envers Dieu qui avait daigné suspendre sa colère. Mais c’était peut-être aussi une invocation pour le fléchir et détourner son bras prêt à frapper ?
Les craintes qui avaient si vivement ému les esprits ne disparurent pas tout d’un coup, une fois le danger passé ; on resta encore longtemps sous l’impression produite par ces terribles menaces. Ce ne fut que dans la seconde moitié du 11e siècle que la terreur se dissipa, mais pour reparaître souvent par la suite.

Les prédictions astrologiques

Il faut remonter au 12e siècle pour trouver l’origine des prédictions astrologiques sur l’imminent cataclysme du globe. En 1186, les astrologues effrayèrent l’Europe en annonçant une conjonction de toutes les planètes, laquelle devait causer des ravages extraordinaires et même la fin du monde.

Sous Charles VI, en 1406, une éclipse de soleil, arrivée le 16 juin, fut l’objet d’une panique qui prouve combien ce phénomène naturel impressionnait encore la foule.
Mille anecdotes de ce genre se retrouvent dans les annales du Moyen Âge, de la Renaissance et même plus tard, montrant à quel point les terreurs populaires surgissaient facilement. Au moindre signe apparent dont le ciel offrait l’aspect, l’alarme s’emparait des imaginations, et les comètes, comme on le verra plus loin, n’étaient pas une des plus petites causes de l’épouvante publique.

Le 16e siècle est peut-être l’époque où les prédictions sur la destruction du genre humain se sont produites le plus souvent. Beaucoup de nobles consultaient un astrologue. Les pronostics, les horoscopes étaient très à la mode et de nombreux savants s’évertuaient à lire les astres, à rechercher l’avenir dans l’observation des choses célestes. Et c’est bien au 16e siècle que Nostradamus, astrologue attitré de Catherine de Médicis, écrivit ses « Centuries », prophéties bâties comme des jeux de piste.

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Stoeffler, astrologue allemand qui jouissait d’une grande réputation, annonça, pour le 20 février 1524, un déluge universel par suite de la conjonction des planètes. À cette nouvelle, tous les peuples furent consternés. La panique se répandit dans toutes les contrées de l’Europe et essentiellement en France, Allemagne et Italie. Ceux qui avaient leurs maisons proches de la mer ou des rivières les abandonnaient et vendaient à grosse perte à des gens moins crédules qu’eux leurs champs et leurs meubles. On cite même qu’un docteur de Toulouse, nommé Auriol, à l’exemple de Noé, fit construire un bateau pour servir d’arche, à lui, à sa famille et à ses amis.

Et le jour fatal arriva, et l’épouvante était à son comble. Mais, comme pour donner un démenti éclatant à cette imposture astrologique, ce jour se passa… sans une goutte de pluie.

Les comètes

Longtemps, l’homme pensait que les comètes présageaient d’immenses malheurs, comme la famine, la peste, la guerre et la fin du monde.

L’une des plus grandes comètes qui aient jamais frappé les regards des habitants de la Terre, c’est assurément la fameuse comète de 1680. On l’observa pendant 4 mois.
Cette année, les grands savants de l’époque comme Cassini, Newton, Halley, firent des observations très détaillées sur la comète qui éclairait le ciel. On peut quand même signaler que Newton, cet homme de génie, a calculé qu’une comète heurtera notre soleil en l’an… 2255 et que notre monde sera entièrement détruit.

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La comète qui apparut au mois de mars 1742 (la onzième dans ce 18e siècle) excita vivement l’attention publique. Elle était pourtant bien chétive et elle ne paraissait à la vue que comme une étoile qui traînait une petite queue. Les scientifiques de l’époque commentèrent avec ironie la peur et les superstitions qui ressurgirent. Un abbé bénédictin signala que « les hommes occupent trop peu de place dans le monde pour qu’une comète daigne s’intéresser à leurs affaires et qu’il n’est pas nécessaire, pour les rendre malheureux dans cette triste vallée de larmes, que Dieu prenne la peine de leur envoyer des comètes. »
Cela n’empêcha pas, cependant, en 1773, une terreur panique de se produire en France, et à Paris même, à propos de ce fameux mot de « comète ». L’astronome Lalande publia un mémoire relatant que, « des soixante comètes connues, huit pourraient, en approchant trop près de la terre, occasionner une pression telle que la mer sortirait de son lit et couvrirait une partie du globe » et annonça que la prochaine comète apparaîtrait en 1789 ou 90. (Pas très précis dans sa prédiction…)

Nouvelle annonce de la destruction du monde par une comète, le 18 juillet 1816. Et comme l’heure fatale n’a pas sonné, Hoffmann, journaliste, publiait dans le Journal des Débats, sous le titre de La fin du monde, un article plein de verve satirique. Voici un extrait : « Nous voilà bien fiers ! Parce que le monde n’a pas fini le 18 juillet 1816, nous croyons qu’il ne finira plus, et nous rions comme si nous n’avions pas eu peur. Semblables à ces matelots qui chantent des litanies pendant la tempête et recommencent à blasphémer au retour du beau temps, nous redevons philosophes, nous nous moquons des bonnes femmes qui disaient leur Mea culpa, et nous demandons, en ricanant, quand viendra la fin du monde. Point d’impatience, messieurs, cela viendra bien un jour. »
Dans le cours du 19e siècle, des prophètes, plus ou moins sincères, ont annoncé 25 fois la fin du monde.
Depuis toujours, les grands phénomènes célestes ou terrestres, tels que les éclipses totales de soleil, les étoiles mystérieuses (cela me rappelle les premières pages de la bande dessinée avec le prophète qui annonce la fin des temps…) les pluies d’étoiles filantes, les éruptions volcaniques qui semblent devoir ensevelir le monde sous un déluge de cendres, les tremblements de terre qui engloutissent les habitations humaines, tous ces événements grandioses ou terribles ont été associés à la crainte de la fin immédiate et universelle des êtres et des choses.

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Pour le 20e siècle, la liste des prédictions de la fin du monde est longue ! (Consultez cette liste ici)

Et tous les Français se rappellent encore les propos de Paco Rabanne prédisant la fin du monde pour le 11 août 1999, jour de l’éclipse solaire et… de la chute de la station Mir. Vous pouvez lire ici l’interview qu’il a accordé à Philippe Romon pour le magazine « L’événement ».

Actuellement, c’est la fameuse prédiction du calendrier des Mayas, associée aux prophéties de Nostradamus qui enflamment les esprits. Les animateurs de radio et TV s’en donnent à cœur joie à longueur de journée, et sur Internet des centaines de blogs affichent le décompte jusqu’à la date fatidique du 21 décembre.
L’année 2012 marque effectivement la fin d’un cycle de 5125 années dans le calendrier maya, mais les universitaires sérieux estiment qu’il s’agit juste d’un aspect de la vision cyclique du monde par cette civilisation précolombienne, et non pas l’annonce d’un cataclysme planétaire quelconque. (Quelques informations sur le calendrier maya)

De pareilles prédictions se renouvelleront aussi longtemps que l’humanité durera. Et nous n’avons pas à nous inquiéter de toutes ces prédictions car nous, les humains, nous allons peut-être même trouver un moyen de nous autodétruire tout seul…

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Sources :
– La fin du monde et les comètes, Maurice Champion, 1859
– La fin du monde, Camille Flammarion, 1894
– Wikipedia.

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