Les cloches sonnent !

En 2011, deux habitants d’un village du Sundgau voulaient que les cloches cessent de sonner entre 22 heures et 7 heures. Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leur requête et les a condamnés à rembourser les frais d’expertise engagés par le tribunal. Ils devront également verser 500 Euros à la commune.
Après les cocoricos matinaux du coq, voilà les cloches qui troublent le sommeil des citadins venus habiter dans les villages sundgauviens. Il est vrai que lorsqu’on achète une maison située à quelques mètres de l’église, on risque d’entendre le son des cloches !

Dans notre civilisation marquée par l’omniprésence des moyens de communication entre les hommes, comme la presse, la radio, la télévision, internet et le téléphone, la cloche, celle qui au Moyen Âge sonnait le tocsin, conserve toujours encore sa place.
On trouve des cloches dans toutes les civilisations et toutes les religions (sauf pour l’Islam). C’est un instrument universel dont la longue portée acoustique a été utilisée pour communiquer au loin avec les hommes..

Pendant de nombreux siècles, la sonnerie des cloches a constitué un progrès important, car elle a permis de transmettre un message instantanément et à un ensemble de personnes dispersées.

Au Moyen Âge, les cloches rythmaient toutes les activités quotidiennes : l’ouverture et la fermeture des portes de la ville, l’heure des offices religieux, la mort d’un paroissien, etc. Il fallait pouvoir annoncer l’heure et l’événement à tous.

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Le couvre-feu
A la fin du IXe siècle, Alfred le Grand ordonna que les cloches d’église sonnent chaque soir à 8 heures pour inviter la population à « couvrir le feu » et à se coucher (d’où l’expression « couvre-feu »).
À la cathédrale de Strasbourg, l’une des onze cloches est appelée Zenerglocke (la cloche des dix heures) ; elle sonne depuis le XIIIe siècle. Elle est aussi appelée par certains cloche des juifs car elle signalait aux juifs, jusqu’à la Révolution, l’heure de quitter la ville, ceux-ci n’étant pas autorisés à dormir dans les murs de la ville, depuis le pogrom de 1349.
Sous les coups martelés de la cloche, le couvre-feu indique la fin de toutes les activités de la journée. Les commerçants doivent fermer leur boutique, les habitants doivent fermer leurs portes et ne plus paraître dans les rues. Cette coutume du couvre-feu était instaurée pour le bien de tous. Elle contribuait à limiter les incendies (redoutables à l’époque où beaucoup de maisons étaient en bois et se touchaient les unes les autres).
On ne sonne plus le couvre-feu dans la plupart des villes françaises depuis la fin du XIXe siècle, sauf dans les villes où il subsiste encore des cloches dédiées à cet usage.

Le temps du travail
En zone rurale, la sonnerie des cloches a toujours réglé le rythme du travail des paysans dans les champs. A l’aurore, la cloche sonnait le moment du lever, à midi celui d’arrêter le travail pour se nourrir et le son du couvre-feu annonçait la fin de la journée de travail.

Le temps de la prière
En 1095, au concile de Clermont, le Pape Urbain II institua la sonnerie de l’angélus chaque jour, à la tombée de la nuit, pour appeler le peuple à la prière.
En 1456, le Pape Calixte III recommanda de sonner l’angélus trois fois par jour. Encore actuellement, dans beaucoup d’églises paroissiales, la sonnerie de l’angélus a lieu deux ou trois par jour. Les heures du matin et du soir peuvent varier d’une paroisse à l’autre ou selon les saisons.

Les sonneries de circonstance
– Le tocsin
Pour alerter ses semblables de menaces externes (arrivée d’ennemis, propagation d’incendies, formation d’orages ou d’inondation …) l’homme de guet devait avertir les gens le plus rapidement possible, quel que soit l’endroit où ils se trouvaient, afin qu’ils prennent des dispositions pour se protéger ou pour fuir le danger.
Au Moyen Âge, les agglomérations avaient un guetteur qui sonnait la cloche d’alarme (le tocsin) dès qu’un feu se déclarait. Le tocsin a été utilisé dans les zones rurales jusqu’au milieu du XXe siècle, période à laquelle l’usage de la cloche est remplacé par celui de la sirène municipale.
La pratique de sonner les cloches lors des orages a été interdite en 1787, du fait des risques de foudre pour le sonneur et… le peu d’efficacité de ce moyen !

– Le glas
Le glas est un cas particulier des sonneries de cloches dont l’usage a été introduit dès le VIe siècle par l’Église. L’annonce du décès est effectuée peu après la mort par le curé ou le sacristain sur information donnée par la famille ou un membre du voisinage. Outre cette fonction informative, le glas est aussi une invitation de la communauté à la prière.

– C’est la fête !
Lorsque l’ensemble des cloches d’une église sont mises en volées, c’est une façon d’annoncer une fête religieuse majeure, un événement heureux du baptême ou du mariage ou la célébration de la fin de la guerre… Le bourdon est alors mobilisé au même titre que les cloches plus petites. Plus la fête est d’importance, plus la durée de la sonnerie sera grande.

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Actuellement, dans nos villes et villages, les cloches nous donnent plusieurs informations : l’heure et son découpage en quart d’heure, la célébration d’une messe, la mort d’un paroissien, ainsi qu’une invitation à la prière par la sonnerie de l’angélus (sonnerie du matin et/ou du soir, selon le village). À Altkirch, les cloches sonnent tous les soirs à 22 heures (un reste de la tradition des fermetures des portes de la ville fortifiée).

 

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